Child labor | Zhang Huan

Child labor 2007 | Technique mixte 200 x 250 cm

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Initié à la fin des années 1970, l’œuvre de Zhang Huan pourrait incarner à lui-seul l’effervescence qui caractérise la scène artistique chinoise après la Révolution culturelle et les événements de Tian’anmen. Prolifique, l’artiste investit de nombreux supports : peintre, graveur, dessinateur, photographe, il est également l’auteur de nombreuses installations, performances, engagées et crues, proches des propositions de Marina Abramovic ou Chris Burden.

A la fin des années 1980, Zhang Huan s’installe dans le « Beijing East Village », un quartier pauvre de Pékin où vivent de nombreux artistes d’avant-garde. Sensible aux nombreuses contestations sociales et politiques qui traversent son pays, il produit alors des œuvres au message politique fort questionnant frontalement les fondements de la société post-maoïste. N’hésitant pas à se mettre en scène et en danger, Zhang Huan créé des œuvres ritualisées pour lesquelles il utilise son propre sang, déambule dans une rue le corps recouvert d’insectes, s’inflige de douloureuses ligatures, ...

Réalisée en 2007, Child Labor s’inscrit dans une perspective sensiblement différente qui coïncide avec le retour de l’artiste en Chine après un séjour de sept années aux Etats-Unis. Zhang Huan délaisse alors peu à peu la performance pour se consacrer plus amplement à la peinture et à la sculpture. Ce renouveau marque l’émergence de nouvelles thématiques dans son travail, en particulier une série de réflexions liées à l’identité artistique et culturelle chinoise, que l’artiste exprime par un recours systématique à l’iconographie traditionnelle de son pays et à l’imaginaire bouddhiste.

La spiritualité bouddhique se place d’ailleurs au cœur de Child labor. Le tableau a en effet été réalisé par un lent travail de concrétion de cendres d’encens récupérées dans plus de vingt temples de Shangaï tels que le temple de Longhua où l’artiste se rend fréquemment. Image subtile et évanescente qui paraît émerger d’un nuage de fumée, l’œuvre prend une portée métaphysique  et intime essentielle. En ayant recours à ces cendres particulières, Zhang Huan prétend en effet garder trace des prières quotidiennes effectuées avec de l’encens dans les temples chinois. Son œuvre empreinte de lyrisme cristallise ainsi d’innombrables sentiments volatiles, capture l’espoir des croyants, ou le souvenir d’être chers. C’est par exemple le cas d’Ash Painting N°9, une nébuleuse composition abstraite réalisée à partir de cendres d’un encens employé lors de cérémonies funéraires qui paraît contenir en elle le deuil d’un être à jamais disparu.

Portrait anonyme et archétypal, Child Labor a été réalisé à partir d’une photographie prise en 1937 portant témoignage de déplacements de population et de famines qui frappèrent les populations rurales du Sichuan en fuite devant l’armée de Tchang Kaï-Tcheck. Mais par-delà ce cruel souvenir de la guerre sino-japonaise, l’œuvre questionne plus directement la place de l’individu dans une société chinoise rétive à la singularité. Ce visage d’enfant dont la composition n’est pas sans rappeler les fameuses photo-peintures d’un Richter pourrait même s’apparenter à une prière, un appel emblématique à une considération enfin apportée à la rêverie de l’enfance dans un pays rongé par les dérives du communisme, et plus largement, une acerbe critique du travail infantile dans un pays au triomphaliste boom économique.