Encephalogramme De La Mer | Miquel Barcelo

Encephalogramme De La Mer 2005 | Technique mixte 300 x 200 cm

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Dans quelques jours, nous vous apporterons des explications sur l'oeuvre. En attendant, nous vous laissons vous en imprégner. 

INTERVIEW | Ariane Tardieu Dir. du Développement France

Carmignac Gestion, Paris

Quelles impressions cela vous fait-t-il de voir autant d’œuvres d’art contemporain accrochées sur les murs de votre lieu de travail ? 

AT : Quand je suis arrivée chez Carmignac Gestion en 2003, j’ai été très impressionnée en découvrant cette collection. J’étais contente car cela signifiait que j’allais travailler pour un homme ouvert et  passionné. J’avoue que je n’étais pas familière de l’art contemporain. Je connaissais surtout l’école hollandaise du XVIIe parce que mon père était un amateur d’art ancien. Il m’emmenait avec lui au Louvre toutes les semaines et m’a inculqué une culture plutôt classique.

Vous saviez donc comment lire un tableau ?

AT : Oui, je sais appréhender une œuvre et la lire mais il faut qu’un tableau me parle tout de suite pour que je m’y attarde. Or, l’art contemporain ne me parlait pas du tout en 2003. Au fil des années, en passant tous les jours devant les tableaux qui sont accrochés ici, j’ai commencé à les regarder de plus près et à m’y intéresser. Je voulais me débarrasser de mes a priori et j’ai, finalement, un peu changé au fil des années…

S’il fallait rester dans les généralités, que diriez-vous de l’art contemporain par rapport à l’art classique ? Pour vous, qu’est-ce qui change fondamentalement ? 

AT : Dans La ronde de nuit de Rembrandt, on voit tout de suite de quoi il s’agit, on comprend l’histoire et on peut s’en évader... C’est très différent avec les œuvres contemporaines : elles demandent du temps pour les comprendre. Parmi celles qu’on peut voir ici, certaines ont fait naître des émotions que je n’avais pas ressenties au premier regard. Et puis, au fil des jours et de mes humeurs, je ne vois pas la même chose. 

Parmi les œuvres qui sont accrochées ici, quelques-unes sont déjà considérées comme des chefs-d’œuvre. Cela vous impressionne-il ? 

AT : Ce qui compte c’est que j’aime l’œuvre ou pas. De plus, si l’on commence à m’expliquer pourquoi c’est beau, ça ne me plait pas. Mais effectivement, quand il s’agit de chefs-d’œuvre, cela se voit : il y a une puissance et une énergie qui se dégagent. 

Vous aimez particulièrement le tableau « Encéphalogramme de la mer » de Miquel Barceló, peint en 2006, pourquoi ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce tableau : est-ce la dimension, la matière, la répartition des couleurs ?

AT : Je m’y suis perdue et c’est ce que j’aime. Quand je regarde une œuvre, j’aime oublier tout ce qui se passe autour. Et lorsque j’ai vu ce tableau, j’ai été complètement transportée.

Mais encore ?

AT : D’abord je trouve ce tableau très beau. Il aborde un thème que j’adore: la mer, le fond des océans, d’autant que je pratique la plongée. Au départ, j’avais plutôt vu dans ce tableau la transformation, la vie et le mouvement. Mais lorsque je me suis renseignée, j’ai lu qu’il fallait plutôt y voir l’effacement et le temps qui passe. Finalement  ce n’est pas si contradictoire. Pour moi la mer, c’est le symbole de la confrontation de la vie et de la mort. C’est vrai que les couleurs auraient pu me faire comprendre que ce tableau évoquait plutôt l’effacement de la vie. Nous sommes toujours dans l’idée de fossilisation.

Pensez-vous qu’il existe un lien entre votre métier, l’univers où vous travaillez et l’art contemporain ?  

AT : Comme les artistes, nos gérants sont passionnés et ont le courage de toujours afficher leurs convictions même quand elles ne font pas l’unanimité !

Il faut donc comprendre que c’est plutôt stimulant cette cohabitation avec des œuvres d’art contemporaines ?  

AT : Oui, cette cohabitation permet aussi de prendre du recul et d’apprendre à relativiser certaines choses. Parfois, elle apporte de la sérénité dans ce monde qui bouge beaucoup, qui va très vite et qui est assez agressif. Il suffit, de temps en temps, de s’arrêter, de regarder une œuvre.

La présence d’œuvres dans les bureaux de Carmignac Gestion déclenchent-elles des échanges entre les collaborateurs ?

AT : L’arrivée d’une nouvelle œuvre déclenche toujours beaucoup de commentaires… « Je la veux près de moi », « non, je n’en veux pas, c’est trop triste », etc.

Finalement, qu’est-ce que vous attendez d’une œuvre d’art ? 

AT : Je souhaite qu’elle soit belle, au sens où je l’entends. Et puis, quand je regarde une belle œuvre, un beau tableau ou une belle sculpture, j’ai l’impression d’être plus forte. Je pense que tout ce qui est beau rend plus fort et aide à affronter les choses plus tristes de la vie de tous les jours.

Propos recueilli par Elisabeth COUTURIER