Furnace | Chen Jiagang

Furnace 2008 Photographie | 250 x 150 cm

Découvrez la biographie et toutes les œuvres de l’artiste
Dans quelques jours, nous vous apporterons des explications sur l'oeuvre. En attendant, nous vous laissons vous en imprégner. 

INTERVIEW | Davide Fregonese Dir. commercial Europe

Carmignac Gestion, Paris

Puis-je vous demander pourquoi vous avez choisi cette œuvre, « Furnace », du photographe chinois Chen Jiagang pour l’accrocher dans votre bureau ?

DF : Dans un premier temps ce fut pour son aspect chromatique inhabituel, (le brun foncé prédomine), pour sa composition impressionnante et la présence des trois jeunes filles. Puis j’ai trouvé que cette œuvre illustrait parfaitement les transformations industrielles dans les pays émergents. J’ai trouvé le message très fort et très mélancolique.

Comment naît cette mélancolie d’après vous ?

DF : Ce sentiment de mélancolie est peut être due à l’histoire de ce bâtiment. Il fait partie de ces milliers d’usines construites à la fin du règne de Mao et détruites sous Deng Xiaoping avec l’ouverture du pays à l’économie de marché. C’est une image de ruine contemporaine dont la nostalgie est accentuée par l’expression des trois jeunes filles et leur taille minuscule comparée au gigantisme de l’usine.

Vous intéressiez vous à l’art contemporain avant de travailler quotidiennement dans cet environnement ?

DF : Je me suis initié à l’art contemporain en 2004 pour des raisons professionnelles, comme objet d’investissement. Par exemple j’ai eu l’occasion de voyager en Inde et je me suis intéressé à certains artistes émergents. J’aide aussi l’artiste Massimo Gurnari, un peintre pop. Nous sommes devenus amis malgré des modes de vie très différents. J’aime particulièrement la peinture et il peint des tatouages ou des Pin Up des années 60 comme un autre artiste dont j’achète aussi des toiles, Laura Giardino. J’aime avoir ces tableaux chez moi et en parler avec mes amis.

Au bureau, l’art a-t-il une autre fonction que celle de décorer les murs ? En parlez- vous avec vos collègues ?

DF : Oui. Quand j’interviewe des candidats, cela m’aide à juger de leur créativité et de leur capacité à décrire. Les clients peuvent s’arrêter devant certaines images et nous pouvons en parler. L’étrangeté de certaines d’entre elles peut les interpeller et devenir un sujet de conversation.

Le fait que ces tableaux soient des chefs-d’œuvre change-t-il votre façon de les regarder ?

DF : Pour être honnête, oui. Quand je sais que c’est un chef-d’œuvre, je m’y attarde, je prends le temps de réfléchir et de reconsidérer mon jugement.

Cette collection vous a-t-elle conduit à acheter vous même de l’art ?

DF : Oui, bien entendu. ma maison est littéralement remplie d’œuvres d’art. C’est une activité qui évolue toujours et la plus stimulante pour les sens que je connaisse. En ce qui me concerne ce goût de l’art est lié à mon origine italienne.

Etre entouré d’œuvres d’art vous aide-t-il dans votre travail quotidien ?

DF : Je me sens privilégié de travailler dans cette société car quand vous travaillez dix ou douze heures par jour c’est important d’évoluer dans un bel environnement. Ici vous pouvez tourner la tête et laisser votre esprit se promener. C’est une fenêtre ouverte sur le monde.

Pensez-vous qu’il y a des points communs entre la création artistique et le monde de la finance ?

DF : Si je suis sarcastique, je pourrais parler du rôle de la créativité pendant la crise financière !! Plus sérieusement, le point commun entre ces deux activités est, pour moi, la capacité à avoir une vision. Un artiste confronte continuellement sa vision à la réalité. De la même façon, je dois transformer ma vision en action tangible.

Propos recueillis par Matthieu Poirier