Kanagawa Kenmin Hall Bleu | Hervé Saint-Hélier

Kanagawa Kenmin Hall Bleu 1999 Photographie | 168 x 113 cm

Découvrez la biographie et toutes les œuvres de l’artiste
Dans quelques jours, nous vous apporterons des explications sur l'oeuvre. En attendant, nous vous laissons vous en imprégner. 

INTERVIEW | Dominique Dall'Acqua, Responsable RH

Carmignac Gestion, Paris

Quelle impression cela vous fait-il de travailler dans un lieu où sont accrochées de nombreuses œuvres d'art ?


DD : Beaucoup de toiles et de photographies étaient présentes lorsque je suis arrivée il y a 6 ans et régulièrement de nouvelles œuvres viennent enrichir la collection. Je trouve cela très stimulant. L'accès direct à l'art est appréciable. Quand on est dans un musée, les œuvres sont toujours protégées. Ici, elles font parties de notre quotidien. Ce qui me plait, aussi, c'est le fait qu'il y ait des œuvres du XXe et du XXIe siècle dans un décor XVIIIe siècle. Le contraste est saisissant et les dorures font ressortir les œuvres contemporaines.

Parmi les œuvres présentes, vous souhaitez nous parler de celle du photographe Hervé Saint-Hélier Kanagawa Kenmin Hall Bleu, 1999. Qu'évoque-t-elle pour vous ?

DD : D'abord, il faut dire qu'il s'agit de la représentation d'une salle d'attente dans un Palais des congrès au Japon. Je me suis renseignée et j'ai découvert que c'est un centre très réputé. Ce qui me frappe en premier lieu ce sont ces couleurs bleutées qui dominent. La pièce est très vaste et trois personnes sont assises sur la banquette centrale. Elles ne se regardent pas. On a l'impression qu'il n'y a aucune communication entre elles. La jeune femme tient dans la main un portable comme si c'était sa seule manière d'entretenir des liens avec l'extérieur. Il y a aussi cette télévision qui est allumée. Et puis, il y a cette couleur bleue enveloppante comme un cocon et ces lumières au plafond qui brillent comme des étoiles. Je trouve l'ensemble très chaleureux : pour moi, il n'y a pas de notion de froideur, d'angoisse. Ces trois personnes, un peu perdues dans ce vaste espace, semblent avoir eu besoin de passer un moment au calme pour se reposer et profiter du temps qui passe avant de retourner dans la foule.

Vous intéressiez vous à l'art contemporain avant de travailler quotidiennement dans cet environnement ?

DD : Je me suis initiée à l'art contemporain en 2004 pour des raisons professionnelles, comme objet d'investissement. Par exemple j'ai eu l'occasion de voyager en Inde et je me suis intéressée à certains artistes émergents. J'aide aussi l'artiste Massimo Gurnari, un peintre pop. Nous sommes devenus amis malgré des modes de vie très différents. J'aime particulièrement la peinture et il peint des tatouages ou des Pin Up des années 60 comme un autre artiste dont j'achète aussi des toiles, Laura Giardino. J'aime avoir ces tableaux chez moi et en parler avec mes amis.

Pensez-vous que votre métier, Responsable des Ressources Humaines, induit un regard particulier sur cette photographie?

DD : A priori, je dirai non, mais finalement ça doit jouer. Effectivement pour moi le point essentiel de cette photo c'est l'attitude de ces trois personnes et les relations qui les lient. Je m'interroge sur les rapports humains, pourquoi ne communiquent-ils pas ? Est-ce qu'il y a eu conflit ?... Mais, comme je l'ai dit, je ne l'interprète pas dans un sens négatif.

Voyez-vous une relation entre l'art contemporain, entre toutes ses formes d'expression et son côté expérimental et votre métier ?

DD : Je crois que l'on est dans des sphères totalement éloignées. La base de mon métier, c'est le Droit et ses règles qu'il faut respecter alors qu'Hervé Saint-Hélier navigue dans un monde où la créativité et l'imagination sont primordiales. Je me suis penchée sur son travail et j'ai regardé beaucoup d'autres photos où l'on voit dominer le ciel, l'espace et des couleurs très lumineuses. Mais travailler aux ressources humaines n'empêche pas d'apprécier l'art !

Les nombreuses œuvres d'art exposées en permanence chez Carmignac Gestion génèrent-elles des échanges entre collègues ?

DD : Oui, avec certaines personnes. A chaque fois qu'une nouvelle œuvre arrive au sein de l'entreprise, Monsieur Carmignac nous invite à venir la voir et cela peut déclencher des discussions entre nous. De plus, on a la possibilité de demander que l'œuvre soit accrochée dans notre bureau car Monsieur Carmignac aime bien que les œuvres tournent. Par ailleurs, c'est toujours un plaisir lorsque certaines personnes viennent passer des entretiens, car, le plus souvent, elles sont subjuguées par ce qu'elles voient. On se rend compte, alors, combien nous sommes privilégiés.

Quelles sont vos œuvres préférées parmi celles qui vous entourent?

DD : J'aime la peinture de Calder. Je la trouve magnifique. Elle est peinte en noir et blanc et elle dégage une grande énergie. Je suis toujours en admiration devant elle. J'aime sa luminosité et son graphisme plein de rondeurs. Je la verrais bien dans mon bureau !

Avez-vous une pratique artistique ?

DD : J'ai fait des études d'arts plastiques que je n'ai pas poursuivies mais je me suis toujours intéressée à tout ce qui était artistique. Je visite souvent des expositions. J'aime aussi aller au cinéma et au théâtre. J'ai fait beaucoup de danse, mais je dois avouer que depuis que je travaille, je prends beaucoup moins de temps...Qu'est-ce que vous attendez d'une œuvre d'art dans l'absolu ? DD : J'attends surtout d'être transportée car je fonctionne au coup de cœur. Si je vais voir l'exposition d'un artiste que j'apprécie je vais m'arrêter sur une toile. Je ne sais pas pourquoi cette toile là m'attire, peut-être ses couleurs, sa forme, sa matière ... mais c'est vraiment le coup de cœur qui compte...

Vous intéressez-vous à la cote des artistes exposés ici ?

DD : Je l'ai fait quand j'étais en charge des assurances et c'est vrai que ça avait été une surprise : le marché de l'art avait flambé et certaines toiles avaient pris des valeurs phénoménales ! ...

Et du coup, vous les regardiez différemment ?

DD : Non, parce que c'était déjà des toiles que j'appréciais ; et puis, je ne crois pas qu'on apprécie une toile en fonction de son prix.

Propos recueillis par Elisabeth COUTURIER