Mao | Andy Warhol

Dans quelques jours, nous vous apporterons des explications sur l'oeuvre. En attendant, nous vous laissons vous en imprégner. 

INTERVIEW | Edouard Carmignac Président directeur général

Carmignac Gestion, Paris

Pourquoi avez-vous choisi d’accrocher dans votre bureau, sur le mur de droite et sur le mur de gauche, face à face, le portrait de Mao et celui de Lénine, tous deux peints par Andy Warhol ?

C’est plutôt inattendu de retrouver ces deux figures révolutionnaires dans le bureau d’un gestionnaire de fortunes.

Si j’ai choisi d’avoir dans mon bureau Mao et Lénine qui se font face, c’est parce que j’ai une grande admiration pour Warhol, un artiste qui a compris tant de choses avant les autres. Et, à mon sens, ces deux portraits rendent parfaitement la profondeur des deux personnages.

Le Lénine est d’un bleu électrique qui fait ressortir sa cérébralité et son inhumanité. Par opposition, le Mao semble plutôt un homme bienveillant. Ça prouve qu’on peut être un tyran, même avec un visage chaleureux.

Pouvez-vous préciser votre pensée ?

Dans notre métier il faut toujours remettre en question les situations acquises car rien n’est vraiment définitif et, en même temps, ne pas sous estimer des mouvements qui peuvent apparaître, à un moment donné, comme tout à fait secondaires puis tout à fait majeurs.

Mais en quoi Warhol a-t-il été génial en produisant ces deux portraits, selon vous ?

Warhol disait que les musées contemporains étaient des grands magasins et que tout ce qui s’y trouvait avait pour vocation de devenir des objets réifiés de consommation. Pour lui la vraie provocation consistait à peindre un Lénine en bleu, en rose, en vert, de le transformer presque en produit. Or à l’époque, dans les années 70-80, il y avait des gens pour qui le marxisme était une chose très sérieuse. Il ne fallait pas y toucher. Pour Warhol tout cela semblait dérisoire. Pour lui, il n’y avait pas de sujets ou d’idées qui étaient destinés à se survivre et à dépasser ce consumérisme qui devenait déjà envahissant. Voilà ce que je peux exprimer sur le sujet, mais il y aurait encore beaucoup d’autres choses à dire sur le travail de Warhol et comment il a bouleversé l’art contemporain.

Sur le mur qui fait face à votre bureau vous avez accroché un immense tableau abstrait de Gerhart Richter. Pourquoi ce choix ?

C’est un tableau très tonique avec des fulgurances de couleurs très fortes et très douces qui sont en correspondance les unes avec les autres. J’ai choisi de l’avoir en face de moi parce que c’est un tableau qui vit comme beaucoup d’œuvres, mais celui-ci dégage une grande puissance. Il change en fonction des heures du jour et de la nuit, des saisons et il me procure une énergie particulière.

C’est assez osé de faire cohabiter Warhol et Richter. Pourquoi avez-vous ressenti le désir de rapprocher ces œuvres et de vivre avec ?

Le Richter est une œuvre abstraite et les Warhol sont deux œuvres figuratives. Mais pas seulement. Je n’ai pas choisi des fleurs, ou Liz Taylor, ou Marylin Monroe, j’ai choisi deux portraits de personnalités historiques redoutables. Mais à travers le traitement qu’en fait Warhol et dans sa capacité de destruction faramineuse des deux modèles, je retrouve son génie. Par contre, le Richter m’offre une plage d’évasion, il y a un horizon qui n’est pas défini, il y a des éléments qui sont difficiles à appréhender mais qui varient en fonction de mes états d’âme. Je peux en tirer quelque chose de différent chaque jour. Ce champ ouvert, entre une base figurative et une base abstraite, laisse une grande place à mon imaginaire.

Quelle œuvre ne figurant pas dans votre collection souhaiteriez-vous posséder par dessus tout ?

Il y en a plein. Je dois dire qu’honnêtement c’est intéressant de se poser cette question là parce que ça équivaut à se demander si la collection qu’on a réalisée est finalement satisfaisante. Disons que, dans l’ensemble, je ne suis pas mécontent de ce que nous avons aujourd’hui. Bien sûr, j’aimerais avoir, par exemple, beaucoup plus d’œuvres de Lichtenstein et de Richter. Mais les prix sont tels que, si on les achetait aujourd’hui, notre budget serait sensiblement écorné.

Propos recueillis par Elisabeth COUTURIER