Regen | Horst Munch

Œuvre de taille importante, 1,90 mètre sur 3,50 mètres, Regen s'ouvre au spectateur telle une grande fenêtre sur un monde nuageux et presque incolore. En partant du haut du tableau, nos yeux sont capturés par une ombre noire qui se répand à la verticale ; en effet, la couleur coule vers le bas de la toile en s'éclaircissant, laissant percevoir, entre ces différentes strates, la gestualité de l'artiste.

Un peu à droite, un éclat de lumière nous interpelle : une tache oblongue aux tons blancs, peut-être le soleil, nous hypnotise, laissant apparaître deux lignes de pastels vert et jaune à peine visibles, lesquelles semblent dessiner une figure abstraite dans ce seul point d'éclairage de l'œuvre.

L'artiste a utilisé une teinture pour bois, à la couleur extrêmement intense et profonde. Il l'a étalée sur la toile couchée à même le sol, à l'aide d'un balai, de façon presque aléatoire et sommaire. La toile a ensuite été redressée, ce qui explique les coulures. On retrouve ici la fascination de Horst Münch pour la peinture chinoise, l'utilisation de la teinture pour bois s'apparentant pour lui à celle de l'encre de Chine.

Les œuvres de Horst Münch sont toujours énergiques et épaisses dans leur matérialité. Sa palette privilégie les pigments sombres et cireux qu'il manipule sur le support, en rompant les règles d'ordre et d'espace ; il est dans la lignée de l'expressionnisme allemand.

Ici, le titre Regen (pluie) se réfère à cette pluie de teinture qui se mélange à la toile et donne vie à une œuvre touchante. Elle renvoie aux paysages froids de la peinture allemande.

Par ailleurs, le thème de l'apparition et de la disparition de l'image traverse toute l'œuvre de l'artiste, qui essaie de fixer l'image entre le moment de son apparition et celui de sa dilution. Münch ne cherche pas à figurer un aspect de la réalité, il revendique même son incapacité à le faire. Il nous laisse juste entrevoir les étapes successives de l'élaboration de l'œuvre, et nous permet de la prolonger dans notre imaginaire.