Untitled | Ayman Baalbaki

Ayman Baalbaki, artiste libanais, a grandi avec la guerre. Il est âgé de trois ans à peine, quand il s'exile avec sa famille à Beyrouth, et se retrouve dans une ville multiethnique où les différentes religions et couleurs se mêlent à la peur constante des combats.

En raison de ses jeunes années passées dans un pays qui connaît des conflits, la guerre fait naturellement partie de sa vie, et il en a fait le sujet principal de son art.

Dans cet autoportrait monumental, voire sculptural, Ayman Baalbaki joue sur les contrastes, sur la dénonciation : le foulard rouge et blanc qui entoure ce visage renvoie aux foulards utilisés par les paysans qui travaillent la terre en se protégeant de la poussière ; il n'y a aucune référence aux écharpes palestiniennes, comme on pourrait le penser. En revanche, la violence avec laquelle cette étoffe a été peinte, épaisse et rugueuse, au couteau, comme des éclaboussures de sang, est en opposition avec le fond, si délicat et harmonieux, aux tons presque pastel. Ayman Baalbaki peint sur tissu et non sur toile. Provenant de Chine, le textile coloré et fleuri qu'il utilise fait référence aux œuvres de Matisse.

En effet, l'artiste, ancien élève de l'École nationale supérieure des arts décoratifs, à Paris, prouve avec cette œuvre son intérêt pour l'art d'Henri Matisse, avec ses motifs d'arabesques que l'on retrouve dans les tapisseries.

C'est en quelque sorte l'histoire de l'art revisitée et appliquée au monde actuel, au quotidien. Ce tissu était utilisé comme rideau ou nappe dans toutes les maisons.

Ainsi, ce portrait d'homme, dont on ne voit que les yeux, scrute le spectateur de haut. L'expression de ses yeux est intense, mais pas dure, emplie d'une volonté tenace. Il capte notre regard, et nous force à voir au-delà des champs de fleurs du Sud-Liban où est né l'artiste, au-delà des souvenirs des robes de sa grand-mère, pour nous emmener à l'époque contemporaine où les couleurs vives du Liban sont tachées par le sang.

Le Liban, la Chine, la France : Ayman Baalbaki a créé une œuvre forte, aux références multiples. Une œuvre séduisante qui entend dénoncer la guerre, les hostilités. Il croit fortement au pouvoir de l'art comme témoin, comme outil pour sensibiliser les idées.